La plateforme Slack peut-elle détrôner Microsoft dans les entreprises ?

La plateforme collaborative Slack est devenue, en 2014, la licorne la plus jeune de l’histoire (détrônée par Bird en 2018) et vaut aujourd’hui 16 milliards de dollars. Slack compte plus de dix millions d’utilisateurs dans le monde, chacun étant en moyenne actif 2h30 par jour.

« Si Slack est aujourd’hui connue comme la plateforme qui ringardise les outils de communication, son origine est plutôt étonnante : un cas d’école de « sérendipité ». C’est en effet grâce au développement du jeu vidéo Glitch que Slack a pu voir le jour. « La messagerie intégrée dans Glitch était si prisée des joueurs pour son ergonomie, que Steward Butterfield et ses équipes décidèrent d’abandonner le jeu pour lancer l’application de messagerie en 2014 », explique Jérémy Taieb, analyste financier chez Fabernovel, pour qui Slack est « le centre de pilotage de l’employé du XXIème siècle. » Pour Guillaume Gombert, Lead Strategist chez Fabernovel, l’implémentation de Slack dans les entreprises diminue le volume d’e-mails de moitié, le nombre de réunions de 25 % et facilite le télétravail.

Le modèle de réussite de Slack repose sur trois piliers. D’abord, l’utilisation de l’écosystème comme levier pour se diffuser dans les entreprises. Ainsi, Slack s’est construit sur le modèle de plateforme. Pas juste une mise en relation ou la fourniture d’un service, mais une véritable infrastructure offrant à d’autres la possibilité de créer de la valeur dans leur propre environnement.

Pour Guillaume Gombert, « Slack a su utiliser l’effet de réseau avec brio, en portant une attention toute particulière à son écosystème via une stratégie centrée sur l’ouverture de la plateforme. Ce sont aujourd’hui 200 000 développeurs actifs qui ont contribué à faire de Slack une des plateformes les plus connectées, avec 1 500 applications disponibles en seulement 3 ans, contre 5 000 (en 15 ans) pour Salesforce ou moins de 10 pour Yammer. »

Ensuite, Slack a parié sur l’expérience utilisateur. « Slack est entré sur un marché dominé par l’e-mail. Ils ont d’abord réussi à séduire les utilisateurs avant les directions achats, c’est la stratégie du fait accompli en démontrant sa pertinence par l’usage », estime Guillaume Gombert.

Les auteurs de l’étude expliquent que « si Slack ne présente rien de révolutionnaire au premier abord, elle permet de centraliser et de faciliter les échanges en entreprise. Elle combine les avantages du courrier électronique, la réactivité d’une messagerie instantanée et l’accessibilité des réseaux sociaux, le tout présenté au sein d’une belle interface minimaliste. Slack a fait entrer les codes des applications grand public dans les entreprises : une interface et des fonctionnalités simples à utiliser, qui ne nécessitent pas ou peu de formation au démarrage, facilitant ainsi son adoption. C’est aussi, et surtout, un nouvel état d’esprit que propose Slack aux employés.  Inspiré par l’univers du jeu vidéo, l’environnement est moderne et convivial comparé aux logiciels d’entreprise plutôt « froids ». Tout est fait pour en créer un usage « fun », à l’image des statuts personnalisés, avec l’ajout de nouveaux emojis ou encore du « Slackbot », un robot aux rôles d’animation divers, comme mettre en relation deux employés pour les faire se rencontrer et créer ainsi plus de proximité entre les utilisateurs. »

Enfin, l’entreprise a proposé une plateforme qui transforme la plupart des processus des entreprises : « Finies les recherches fastidieuses, ou le fait de ne pas savoir à qui s’adresser pour trouver une réponse à son problème. Slack permet aux utilisateurs d’exposer instantanément à tous les membres d’une #chaîne leurs demandes ou bien de questionner directement Slackbot. En effet, Slackbot est un assistant virtuel qui est nourri aux données et informations que les personnes s’échangent ou partagent, et peut être configuré pour automatiser certaines réponses. » Autrement dit, précise Jérémy Taieb, Value Analyst chez Fabernovel. « Slack a transformé les entreprises en réinventant l’espace de travail pour faire évoluer les notions de lieu et d’espace, de gestion du temps, vers non plus le jadis bureau physique ou l’ordinateur portable, mais par l’usage d’une plateforme logicielle. »

Il y a toutefois plusieurs limites. D’une part, l’abandon de l’e-mail ne va pas de soi. « L’entreprise doit être « Slack compatible » », prévient Guillaume Gombert. Pour Stéphane Distinguin, CEO et fondateur de Fabernovel, « cela fait longtemps que l’on nous prédit la disparition de l’e-mail, Slack est le modèle qui s’en rapproche le plus. » Pour Thierry Weil, titulaire de la chaire « Futurs de l’industrie et du travail » et professeur à Mines ParisTech, « l’e-mail est pauvre, mais tout le monde l’a… Mais entre le mode asynchrone de l’e-mail et le mode très intrusif du téléphone, il y a des outils pour concilier ces approches. »

D’autre part, cet outil n’est pas adapté à toutes les entreprises, mais plutôt aux petites et moyennes. « C’est un accélérateur de compétitivité pour ces types d’entreprises, pour les plus grandes, mais l’intégration des APIs n’est pas parfaite », pointe Stéphane Distinguin. « Avec Slack, on doit être dans la conversation permanente », déplore Pauline Thomas, UX designer, fondatrice de Laptop.

Dès lors, Slack peut-il détrôner Microsoft ? « Là où Microsoft garde l’avantage de son infrastructure, avec Office par exemple, Slack domine par son écosystème d’API et de start-up », estime Jérémy Taieb, pour qui « si le segment « Productivity and Business Processes » de Microsoft (qui inclut Teams, Office, Azure…) pourrait aujourd’hui se valoriser près de 350 milliards de dollars, avec la même croissance que Microsoft à ses débuts, il faudrait 9 ans à Slack pour dépasser cette barre de 350 milliards. » Ce n’est pas impossible…

Amazon : heureusement que le cloud existe

Amazon voit sa croissance ralentir sur ses activités e-commerce, avec 9,5 % de hausse au premier trimestre 2019, contre 18 % un an plus tôt. Résultat : cette part des revenus de ventes en ligne passe, pour la première fois de l’histoire d’Amazon, en-dessous de la barre des 50 % du chiffre d’affaires du groupe au premier trimestre 2019.

Dans une étude sur Amazon, les experts de Fabernovel ont décrypté ce relatif essoufflement. Le marché connaît une concurrence de plus en plus accrue sur les différentes zones géographiques d’Amazon. Aux États-Unis, Walmart investit massivement dans ces solutions d’e-commerce pour concurrencer Amazon. En Chine, Amazon s’est récemment partiellement retiré du marché, n’arrivant pas à s’imposer face à un duopole qui s’est établit progressivement entre Alibaba et JD.com (82% du marché à deux).

« En France, de nombreux acteurs spécialisés font front face à Amazon comme Fnac-Darty sur les biens culturels et électroménagers ou d’autres pure-players comme ManoMano ou BackMarket. » Heureusement pour Amazon, le cloud et les revenus publicitaires se portent bien, avec, par exemple, 41 % de croissance pour AWS, qui génère la moitié de la marge opérationnelle d’Amazon. « Si les ventes d’Amazon dans l’e-commerce ralentissent, l’entreprise a su anticiper ce changement stratégique en commençant à capitaliser sur sa solide base utilisateurs et sur ses segments les plus rentables », précisent les auteurs de l’étude.

Amazon va poursuivre sa diversification : l’objectif est clair : « devenir progressivement moins dépendant de ses ventes de produits en ligne, qui représentaient plus de 62 % dans les résultats du premier trimestre 2017 », précise Jeremy Taieb. La diversification d’Amazon est visible depuis début 2017, avec un poids croissant dans les résultats trimestriels. Alors que le triptyque Amazon Prime – AWS – Publicité ne représentait que 17% du chiffre d’affaires en 2017, il représente aujourd’hui un quart de son activité. « Ce constat est d’autant plus significatif lorsque nous analysons les dynamiques : 38 % de croissance pour le tryptique, contre 9 % pour les ventes en ligne entre le premier trimestre 2018 et le premier trimestre 2019 », note Jérémy Taieb.

238 Slack
  • LinkedIn
  • Twitter
  • Facebook
  • Gmail