Selon la première édition de l’étude globale « Global AI Pulse » menée par KPMG auprès de plus de 2 100 dirigeants, l’enthousiasme pour l’intelligence artificielle n’a jamais été aussi fort, mais la rentabilité à grande échelle se fait cruellement attendre.
Le grand écart entre l’ambition et la réalité financière
Aujourd’hui, 95 % des organisations déclarent avoir mis en place une stratégie dédiée à l’IA, mais seules 8 % d’entre elles affirment avoir établi un véritable retour sur investissement (ROI). Ce chiffre choc illustre le décalage frappant entre l’effervescence technologique et la performance économique de l’entreprise. Pourtant, les budgets suivent : les entreprises prévoient d’investir en moyenne 186 millions de dollars dans l’IA au cours des 12 prochains mois.
Si près de 40 % des organisations déploient actuellement l’IA à l’échelle de leur entreprise et que 64 % constatent déjà une création de valeur significative, le passage du projet pilote à un impact mesurable et généralisé reste un défi majeur. Comme le souligne l’étude, le problème n’est pas la technologie IA en elle-même, mais la structure de l’entreprise.
L’émergence d’une élite : les « Leaders de l’IA »
Face à ce constat, un petit groupe se détache du peloton. Environ 11 % des entreprises interrogées parviennent à se démarquer en intégrant l’IA directement dans leur modèle opérationnel. Que font ces « leaders » différemment ? Ils ne se contentent pas d’ajouter des outils d’IA à leurs processus existants ; ils réinventent fondamentalement leur façon de travailler, de prendre des décisions et de créer de la valeur.
Ces entreprises avant-gardistes partagent plusieurs caractéristiques :
– Elles utilisent l’IA principalement comme un moteur de croissance des revenus (33 %) plutôt que comme un simple outil de réduction des coûts (25 %).
– Elles investissent massivement dans les fondations nécessaires à grande échelle : infrastructures informatiques (71 %), cybersécurité (67 %) et gouvernance.
– Elles conçoivent l’IA comme un système « orchestré » où les flux de travail, la prise de décision et les données sont interconnectés à travers tous les départements.
L’ère de l’IA « agentique » et le défi de l’orchestration
Nous entrons dans une nouvelle phase : celle de l’IA agentique (ou agents autonomes). Les entreprises déploient de plus en plus de systèmes capables d’agir de manière autonome à travers divers flux de travail, notamment dans les DSI (66 %), les opérations (55 %) et le marketing (43 %).
Cependant, faire fonctionner ces agents de manière isolée est relativement simple, mais les coordonner à l’échelle de l’entreprise est une tâche d’une grande complexité. Lorsque les systèmes ne sont pas alignés, le modèle se brise. Les principaux freins identifiés par les dirigeants ne sont d’ailleurs pas technologiques, mais structurels : la cybersécurité et la confidentialité des données (42 %), la qualité des données (34 %) et l’incertitude réglementaire (31 %).
De plus, la préparation des équipes reste un maillon faible, avec seulement 22 % des dirigeants se disant « très confiants » dans les capacités de leur main-d’œuvre à s’adapter à une entreprise pilotée par l’IA.
Une adoption à plusieurs vitesses : géographie et secteurs
Le passage à l’échelle ne se fait pas de manière uniforme sur le globe ni selon les secteurs d’activité.
Les Américains mènent la danse avec 35 % d’organisations déployant l’IA à l’échelle de l’entreprise, contre 23 % en Asie-Pacifique et 22 % en Europe. Sans surprise, le secteur des Technologies, Médias et Télécommunications (TMT) fait figure de pionnier, soutenu par une forte maturité de sa gouvernance (77 %) et de ses talents. À l’inverse, des secteurs comme la santé ou les sciences de la vie peinent à passer à l’échelle, freinés par des réglementations strictes, le besoin de confiance clinique et la fragmentation des données.
Demain : une course contre la montre structurelle
L’étude sonne comme un avertissement pour l’avenir : la capacité de l’IA progresse beaucoup plus vite que la capacité d’adaptation des entreprises. Fait marquant, 80 % des organisations s’attendent à ce que l’IA atteigne un niveau de raisonnement équivalent à celui de l’être humain d’ici cinq ans.
Selon les consultants de KPMG, il ne suffit plus d’acheter des technologies, il faut repenser la gouvernance non pas comme un mécanisme de contrôle a posteriori, mais comme une condition préalable à l’exécution, et restructurer l’entreprise entière pour faire de l’IA un véritable système nerveux central. Faute de quoi, les entreprises continueront d’accumuler des dépenses technologiques sans jamais en récolter les fruits, précisent les auteurs de l’étude.
