L’ère du « post-Capex » gagne du terrain

Sopra Steria Next dévoile la deuxième publication de son CIO Compass, consacrée à la transformation des modèles d’investissement IT. Le cabinet de conseil révèle que le basculement de Capex à Opex est massif et irréversible : d’ici 2026, plus de 75 % des dépenses IT relèveront de modèles d’usage. Conséquence directe : une volatilité accrue des coûts, avec des dépassements pouvant atteindre +23 % sur les dépenses cloud.

Face à cette perte de contrôle, le cabinet de conseil partage cinq leviers d’action concrets : FinOps en temps réel, intégration du CO₂ dans les arbitrages IT, budgets en flux continu, maîtrise des dépendances technologiques, mesure de la valeur par usage plutôt que par actif.

Pendant des décennies, piloter les investissements informatiques d’une grande entreprise revenait à aligner les millions d’euros pour acheter des actifs physiques : datacenters en propre, serveurs en cascade et licences logicielles immuables. Ce modèle patrimonial, dit « Caêx » (dépenses d’investissement), offrait aux directions financières une illusion réconfortante de contrôle. Aujourd’hui, ce monde s’efface en silence. Dans une économie numérique mondialisée, la flexibilité opérationnelle a définitivement détrôné la propriété. Pour les directeurs des systèmes d’information (DSI), continuer à manager la tech avec les anciennes grilles budgétaires revient à vouloir piloter Netflix avec un modèle de location de DVD.

L’avènement de l’Opex et le piège de la volatilité

Sous l’impulsion massive du Cloud, du SaaS (logiciel en tant que service) et du XaaS (tout en tant que service), plus de 75 % des dépenses informatiques mondiales basculeront en Opex (dépenses opérationnelles), selon Gartner.

L’atout majeur de ce basculement réside dans l’élasticité. Mais cette liberté de consommation cache un revers financier brutal : le « Bill Shock. » En effet, en s’affranchissant des barrières à l’entrée, les entreprises font face à des dérives de facturation complexes. En 2023, la FinOps Foundation pointait des dépassements budgétaires moyens de 23 % par rapport aux prévisions des entreprises sur le cloud. Sans une discipline de fer, l’agilité se transforme rapidement en un gouffre financier à grande échelle.

Quand le DSI et le CFO doivent réécrire l’histoire

Ce passage du Capex à l’Opex bouscule également les codes de la communication financière. Traditionnellement, les investissements lourds (Capex) étaient lissés sur plusieurs années grâce aux mécanismes d’amortissement, protégeant ainsi l’affichage des marges à court terme. L’Opex, lui, frappe directement le compte de résultat.

Pour les entreprises cotées en bourse, cette volatilité nouvelle peut déstabiliser les investisseurs. Dès lors, le rôle du DSI et du Directeur Financier évolue. Ils doivent devenir des narrateurs capables d’évangéliser les marchés : « Nous ne dépensons pas plus. Nous investissons plus vite, de manière chirurgicale, avec des liens directs vers les résultats business ».

L’IT ne se pilote plus par projets, mais comme un véritable portefeuille d’actifs financiers en continu (via le Lean Portfolio Management). Les équipes deviennent responsables de la rentabilité de leur produit, et non plus simplement du respect d’un calendrier de livraison.

Horizon 2030 : Le mur de l’IA et de la réglementation environnementale

La décennie en cours impose deux nouvelles variables qui vont définitivement sanctuariser l’ère post-CAPEX : l’intelligence artificielle et l’urgence climatique.

L’adoption massive de l’IA générative fait exploser la consommation de puces spécialisées (GPU) et de « tokens ». D’ici 2030, les experts estiment que l’IA pourrait capter jusqu’à 15 % du budget Opex informatique global des entreprises. Parallèlement, l’entrée en vigueur de réglementations européennes strictes (comme la CSRD) va obliger les grands groupes à corréler la performance financière à la performance environnementale.

C’est la naissance du GreenOps. À l’avenir, un DSI ne suivra plus uniquement le coût unitaire d’une transaction financière en euros, mais également son intensité carbone en kilogrammes de CO2. Le coût total de possession (TCO) traditionnel mute vers un indicateur élargi : le TCO CO2.

La roadmap des dirigeants

Pour ne pas subir cette transition, Sopra Steria Next dresse une feuille de route en cinq piliers pour les directions générales :

  1. Maîtriser l’ingénierie des coûts (FinOps) : abandonner les budgets annuels au profit de prévisions glissantes sur 12 mois réévaluées mensuellement, avec un objectif d’erreur de trajectoire inférieur à 8 %.
  2. Imposer une discipline environnementale (GreenOps) : traquer l’argent « brûlé » en coupant les serveurs inactifs pour maintenir le gaspillage informatique sous la barre des 5 % en production.
  3. Piloter l’IA par des garde-fous opérationnels : mettre en place des quotas d’utilisation des processeurs, optimiser les requêtes (mise en cache des requêtes d’IA) et contrôler strictement les coûts des architectures de données.
  4. Assurer une souveraineté par le design : l’Opex migrant massivement vers des fournisseurs technologiques extra-européens (soumis à des juridictions étrangères), les entreprises doivent arbitrer leurs choix architecturaux en y intégrant des alternatives de clouds souverains (SecNumCloud, GaiaX) afin de parer les risques de verrouillage contractuel.

Pour lire l’étude complète :

https://go.soprasteria.com/l/961682/2026-04-16/5w12w1/961682/1776354516RJa4VDls/SSN___CIO_Compass___Deep_Dive___Entering_the_Post_CAPEX_age___FR.pdf