IA : une menace pour les cabinets de conseil ?

Le cabinet Xerfi vient de publier une étude sur le conseil aux entreprises à l’horizon 2028, centrée sur la réinvention des modèles des cabinets face « au choc de l’IA et au ralentissement conjoncturel »

Selon les auteurs, les prestations intellectuelles standardisées sont menacées par l’IA. Par souci d’économies dans un contexte économique dégradé et incertain, salariés et décideurs explorent en effet les outils d’IA pour produire eux-mêmes diagnostics, benchmarks et autres notes d’analyses.

Même si la qualité reste variable, l’accès simplifié aux modèles de langage créé de nouvelles habitudes susceptibles de se substituer aux missions à plus faible valeur ajoutée des professionnels du conseil aux entreprises. Cette internalisation est de nature à modifier durablement la demande adressée aux cabinets, même si la conjoncture devenait plus favorable, de l’avis des experts de Xerfi.

Outre le périmètre des missions, les nouvelles attentes et pratiques des clients accentuent la pression sur les prix et transforment la gestion des ressources humaines des spécialistes du conseil. Dans ces conditions, le marché du conseil restera atone en 2026 avant de rebondir en 2027 et 2028, pronostiquent les experts de Xerfi.

Si tous les segments ne seront pas logés à la même enseigne, les professionnels devront actionner plusieurs leviers pour rester dans la course. A ce titre, l’hybridation des cabinets (entre IA générative et expertise humaine) semble une piste prometteuse.

Force est en effet de constater que les grands comptes et les acteurs publics suspendent leurs plans de transformation, se recentrent sur les projets à impact rapide et reportent à plus tard les missions de stratégie, d’organisation et de conduite du changement.

Seules les prestations obligatoires (conformité, cybersécurité et contrôle interne) résistent. En clair, le potentiel de croissance des métiers du conseil s’est tari. Avec l’intelligence artificielle (IA), les directions métiers et financières découvrent qu’elles peuvent internaliser une partie des travaux historiques confiés aux cabinets.

Ce qui pèse mécaniquement sur la croissance du marché du conseil aux entreprises qui ne renouera pas de sitôt avec le rythme observé de 2021 à 2024 (+7,5% par an en moyenne). Le frein de l’IA est double. D’un côté, elle réduit la valeur perçue de certaines prestations et, de l’autre, elle modifie durablement les attentes des clients en matière de prix, de productivité et de rapidité. Les segments opérationnel, RH et numérique sont les plus exposés à la comparaison et à la substitution.

Les cabinets financiers utilisent désormais des outils d’analyse automatisée pour accélérer les due diligence (KPMG, Clara ou encore Deloitte Omnia) tandis que le conseil juridique se transforme avec des solutions comme Predictice, d’abord adoptées par les grands cabinets d’affaires. Dans le numérique, Capgemini, Sopra Steria ou Accenture déploient des plateformes propriétaires. De leur côté, les cabinets RH (Alixio ou WTW) industrialisent les audits sociaux, les cartographies de compétences ou la conformité QVCT via l’IA. Autant d’investissements qui creusent l’écart entre les grands acteurs, avec leurs offres différenciantes, et les indépendants, dotés d’outils génériques plus difficiles à présenter en avantage compétitif.

Des frontières de plus en plus poreuses entre les segments

En toute logique, cette montée en gamme des prestations accentue la concentration du secteur. C’est ce qu’illustrent les opérations de private equity, à l’image de l’entrée de Carlyle dans Argon & Co ou encore celle de Waterland au capital de Cogep.

De quoi faciliter une croissance externe rapide, la création de plateforme multi-expertises et la standardisation d’outils internes. Les acteurs plus modestes se retrouvent alors peu à peu marginalisés ou condamnés à la spécialisation. Le marché évolue donc vers une polarisation entre consolidateurs bien financés et spécialistes de niche.

Dans le même temps, l’uniformisation des approches rend les frontières entre les différents segments du conseil de plus en plus poreuses. De fait, les modèles convergent autour d’offres intégrées combinant stratégie, data, technologie, conduite du changement et mise en œuvre opérationnelle. A terme, les distinctions entre stratégie, organisation ou digital pourraient perdre en pertinence au profit de modèles hybrides focalisés sur la création de valeur globale. C’est d’autant plus vrai que de nouveaux acteurs, venus d’horizons variés (assureurs, agences marketing…), diversifie la concurrence.

La course aux talents fait rage

Pour prospérer dans un environnement de plus en plus marqué par l’IA et donc indifférencié, l’avenir du conseil repose sans doute sur un modèle hybride dans lequel l’IA augmente l’efficacité et l’humain apporte sa vision stratégique et son intelligence contextuelle. Ces missions incluent par exemple le leadership, la vision stratégique et la gestion de la complexité organisationnelle.

Dès lors, les cabinets doivent renforcer les compétences de leurs consultants. Ils proposent ainsi des programmes de formation pour permettre aux consultants de se familiariser avec les technologies d’IA et de développer des compétences complémentaires comme la pensée critique, la résolution de problèmes complexes et la communication stratégique.

Selon l’étude, il est donc désormais essentiel d’attirer des profils combinant expertise métier et compétences technologiques pour constituer des équipes capables de répondre aux nouveaux besoins du marché. La figure du « consultant augmenté » façonnera très probablement les métiers du conseil aux entreprises.