Xerfi a publié une étude sur le marché du smart building. L’analyse de l’auteur de l’étude, Pierre Bonnet.
Dopé par l’envolée des prix de l’énergie mais affecté par la crise de l’immobilier, comment peut évoluer le marché français du smart building ?
Le marché français du smart building est confronté à des dynamiques contradictoires. D’un côté, la hausse soutenue des prix de l’électricité depuis 2021 a renforcé l’attractivité des solutions de gestion technique des bâtiments (GTB), perçues comme un levier efficace de maîtrise de la consommation d’énergie.
De l’autre, la crise profonde de l’immobilier tertiaire, notamment marquée par la chute des mises en chantier de bureaux (–7 % en 2025), freine l’essor du secteur dans le neuf. Cependant, le potentiel de croissance reste significatif en raison entre autres du renforcement à venir des obligations de transition énergétique des décrets BACS et Tertiaire qui imposeront aux entreprises de réduire drastiquement leur consommation.
La GTB devrait ainsi progresser de 14 % par an d’ici 2030, soutenue par une forte demande dans la rénovation, notamment dans les immeubles de petite et moyenne surface, encore sous-dotés. En parallèle, le travail hybride génère de nouveaux besoins en gestion connectée des espaces.
Quels leviers actionneront les professionnels pour soutenir la demande ?
Pour exploiter pleinement le potentiel de croissance du secteur, les professionnels du smart building doivent diversifier leurs leviers d’action pour stimuler la demande. L’un des plus prometteurs réside dans le développement de solutions de « GTB Light », moins coûteuses et plus faciles à installer.
Schneider Electric, avec EcoStruxure Building Activate, propose ainsi une offre adaptée aux petits bâtiments tertiaires, à moins de 20 000 euros contre plus de 100 000 euros pour une GTB classique. Le recours au tiers financement, notamment par le biais de contrats de performance énergétique (CPE), constitue un autre axe stratégique. Ces dispositifs, proposés par SPIE ou encore Dalkia Smart Building, permettent aux clients de rembourser leur investissement via les économies d’énergie générées.
Enfin, l’essor de l’autoconsommation et des services de flexibilité électrique ouvre de nouveaux débouchés. Conjugués à une meilleure sensibilisation des acteurs et à la pression réglementaire croissante, ces leviers contribueront à faire émerger une demande plus résiliente.
Les nouvelles technologies peuvent-elles redéfinir le paysage concurrentiel de la filière ?
Les nouvelles technologies, et en particulier l’intelligence artificielle (IA), redessinent en profondeur le paysage concurrentiel du smart building. L’IA permet d’optimiser le fonctionnement des équipements en temps réel, de personnaliser les services et d’anticiper les besoins en maintenance. Les grands équipementiers investissent d’ailleurs massivement dans ce domaine.
Par exemple, Honeywell s’est allié à NXP pour intégrer des algorithmes avancés dans ses solutions tandis que Legrand collabore avec la start-up Ivani sur des interrupteurs intelligents. En parallèle, les start-up jouent un rôle moteur dans la diffusion de l’innovation. L’acquisition d’Advizeo par Hager ou celle d’Eficia illustrent l’intérêt des géants pour les jeunes pousses innovantes. Il est vrai que ces géants du numérique (Google, Amazon, Microsoft) doivent encore exprimer pleinement leur potentiel.
Et ce, malgré des partenariats ciblés comme celui de Google avec Eiffage. A mesure que l’IA devient centrale, elle rebat les cartes de la concurrence sur le marché de la ville intelligente, favorisant l’émergence de nouveaux acteurs hybrides, à la croisée du bâtiment, de la tech et de l’énergie.

