Confiance et Blockchain : des liens étroits

La technologie Blockchain va-t-elle révolutionner l’économie ? Beaucoup le pensent. Don Tapscott, économiste américain, co-auteur de l’ouvrage « Blockchain Revolution » estime ainsi que c’est la plus importante innovation technologique, car c’est la première fois qu’il n’y a plus d’intermédiaire pour capturer la valeur. Il anticipe même la fin des entreprises et l’avènement de communautés décentralisées d’agents autonomes.

Mais qu’est-ce que la Blockchain ? L’association Blockchain France la définit de la manière suivante : « Technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée, fonctionnant sans organe central de contrôle. » Concrètement, la Blockchain est une vaste base de données qui regroupe l’historique de toutes les transactions entre ceux qui l’utilisent. Les échanges sont ainsi enregistrés en quasi temps réel et cette base de données est sécurisée et distribuée : elle est partagée par ses différents utilisateurs, sans intermédiaire, ce qui permet à chacun de vérifier la validité de la chaîne.

Vers une remise en cause des tiers de confiance

 La technologie Blockchain a été décrite pour la première fois, en novembre 2008, par Satoshi Nakamoto (pseudonyme d’un groupe d’auteurs), dans un article intitulé « Bitcoin : A Peer-to-Peer Electronic Cash System », décrivant un « système de transactions électroniques non basé sur la confiance ». La Blockchain a trouvé sa première application concrète avec le Bitcoin : ni monnaie scripturale, ni monnaie fiduciaire, cette monnaie virtuelle est apparu sur fond de crise de confiance (et de crise financière…) à l’égard des monnaies nationales et des banques.

Les créateurs de cette monnaie virtuelle estiment, en effet, que le système actuel est vulnérable, car supervisé par des organisations humaines. Face à ce constat, la Blockchain est considérée comme une alternative, du fait de son caractère décentralisé et de son inviolabilité. Certains analystes décrivent la Blockchain comme un « Internet du transfert de valeurs » dans la mesure où ce transfert s’effectue en tenant à jour un « grand livre de compte » (Ledger) infalsifiable, présent à l’identique sur une multitude de machines. L’analogie avec le fonctionnement d’Internet est claire : comme la Blockchain, Internet s’appuie sur un réseau de réseau où l’information est transmise grâce à un ensemble standardisé de protocoles de transfert de données, qui permet de nombreuses applications, comme la messagerie électronique, les discussions instantanées ou le peer-to-peer, sans que les échanges ne soient contrôlés par un point central.

On conçoit aisément que la suppression des tiers de confiance (les banques, les États, les assureurs, les notaires, les acteurs de l’économie collaborative…) permise par la Blockchain remette en cause l’ordre traditionnel tel que nous le connaissons, en remplaçant les infrastructures basées sur des tiers de confiance par une nouvelle infrastructure de confiance décentralisée, anonyme, sûre, moins coûteuse et plus fiable…

Au-delà de la monnaie virtuelle, les applications potentielles de la Blockchain sont multiples, par exemple pour le trading des valeurs financières, la gestion du cadastre, les paiements internationaux, le registre des œuvres d’art… Autant d’applications qui visent à la fois à réduire les coûts, simplifier les échanges, garantir l’intégrité et la traçabilité des transactions.

Mais, avant de basculer dans un monde totalement décentralisé, il nous faut apprendre à mettre en œuvre ce nouveau paradigme. Car la Blockchain soulève des questions de fond, notamment juridiques (quelle reconnaissance pour le registre ?), politiques (quelle gouvernance pour la Blockchain publique ?), voire sociétales et éthiques (peut-on abandonner la confiance qui repose sur des organisations humaines ?).