Blockchain et organisation du travail : les dix ruptures auxquelles il faut vous préparer

La technologie Blockchain va-t-elle révolutionner l’entreprise ? Beaucoup le pensent. Par exemple Don Tapscott, économiste américain, co-auteur de l’ouvrage « Blockchain Revolution », qui estime que c’est la plus importante innovation technologique de tous les temps, car c’est la première fois qu’il n’y a plus d’intermédiaire pour capturer la valeur ! Il anticipe même la fin des entreprises et l’avènement de communautés décentralisées d’agents autonomes. S’il a raison, ce sera aussi une révolution dans l’organisation du travail !

Mais qu’est-ce que la Blockchain ? L’association Blockchain France la définit de la manière suivante : « Technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée, fonctionnant sans organe central de contrôle. » Concrètement, la Blockchain est une vaste base de données qui regroupe l’historique de toutes les transactions entre ceux qui l’utilisent. Les échanges sont ainsi enregistrés en quasi temps réel et cette base de données est sécurisée et distribuée : elle est partagée par ses différents utilisateurs, sans intermédiaire, ce qui permet à chacun de vérifier la validité de la chaîne. La Blockchain a trouvé sa première application concrète avec le Bitcoin, monnaie virtuelle.

Au-delà de son traitement médiatique, focalisée sur le Bitcoin, la Blockchain va remettre en cause, voire faire disparaître ou, en tout cas transformer, plusieurs pans de l’organisation actuelle du travail dans les entreprises et, plus généralement, les modes de management. Si l’on ne sait évidemment pas à quel rythme, on peut d’ores et déjà identifier dix domaines dans lesquels la Blockchain va redistribuer les cartes à plus ou moins long terme. Même si l’horizon peut paraître lointain, il faut s’y préparer.

  1. La disparition d’entreprises établies. On conçoit aisément que la suppression des tiers de confiance (les banques, les assureurs, les notaires…) permise par les principes de la Blockchain remette en cause l’ordre traditionnel tel que nous le connaissons, en remplaçant les infrastructures basées sur des tiers de confiance par une nouvelle infrastructure de confiance décentralisée, anonyme, sûre, moins coûteuse et plus fiable… Dans laquelle les tiers de confiance de l’ancien monde n’ont plus leur place !

Probabilité : 4/10

  1. La transformation des tâches administratives. La Blockchain automatise de nombreuses tâches de saisie, de contrôle, de validation, d’enregistrement. Cela peut être vu par certains, surtout les moins qualifiés, comme une menace pour l’emploi, mais, pour beaucoup d’autres, c’est une source d’enrichissement. Pour les DRH, notamment, la Blockchain permet de certifier l’exactitude de CV, tâche très chronophage et souvent sans résultat garanti… Selon une étude du cabinet de conseil en recrutement Florian Mantione Institut, 75 % des CV seraient trompeurs, 90 % des candidats trouveraient normal d’arranger leur CV, enfin deux employeurs sur trois ne feraient aucun contrôle…

à Probabilité : 8/10

  1. Un coup de boost au télétravail ? Du fait de son approche complètement décentralisée, la Blockchain constitue un facteur accélérateur du télétravail, les différentes parties prenantes n’ayant plus vraiment d’exigences de se trouver dans un même endroit géographique.

Probabilité : 7/10

  1. La priorité au collaboratif d’organisation du travail. Si les modes de coopération ont déjà bien évolué dans les entreprises, la Blockchain va ajouter une dimension complémentaire, puisque la collaboration est précisément sa raison d’être ! De quoi remettre en cause les modes d’organisation du travail basés sur des processus lourds et une séparation des tâches, hérités des grandes heures du taylorisme.

Probabilité : 9/10

  1. Des nouveaux usages, des nouveaux emplois ? Si la Blockchain parvient à s’imposer, elle va susciter l’émergence de nouveaux acteurs, de multiples start-up, voire d’organismes de régulation plus ou moins officiels. Dont les modes d’organisation, beaucoup plus agiles, plus collaboratifs vont trancher avec l’existant.

Probabilité : 9/10

  1. Un plébiscite pour la transparence. On le sait, les modes d’organisation actuels génèrent, dans les entreprises, beaucoup de non-dit, de rumeurs, d’informations imparfaites, voire de fraudes dont toutes ne sont pas sanctionnées. La Blockchain, qui repose sur la transparence de toutes les transactions, va-t-elle entrer en collision avec les pratiques historiques de nombreuses entreprises ? On peut le supposer…

Probabilité : 6/10

  1. Une perte de sens (et de pouvoir) pour le management intermédiaire. Les différentes couches de management qui existent dans les entreprises et les organisations publiques sont héritées de l’histoire et de ses exigences de contrôle de contrôler « qui fait quoi… ». Avec des structures hiérarchiques pyramidales où la notion de collaboration est réduite à son minimum. La Blockchain contribue à renverser ce modèle peu souple, avec un aplatissement des hiérarchies et une « ringardisation » des réunions destinées à contrôler qui fait quoi, mécanisme devenu totalement automatisé…

Probabilité : 5/10

  1. De nouvelles compétences sont nécessaires. Comme toute nouvelle technologie, ceux qui l’utilisent ont quasiment toujours besoin d’acquérir de nouvelles compétences (par eux-mêmes ou par des dispositifs de formation), à la fois pour les « hard skills» (maîtriser la technologie et se l’approprier au quotidien) et pour les « soft skills», à mesure que le collaboratif s’impose comme un standard d’organisation du travail.

 Probabilité : 9/10

  1. Un impact sur la productivité. Logiquement, des collaborateurs qui effectuent moins de tâches chronophages sont plus productifs (parce qu’ils font autre chose qui crée plus de valeur) ou auront plus de temps libre, à travail égal. Ce sera le dilemme des DRH et des managers : comment occuper le temps libéré et réorganiser le travail dans la cohérence… et sans conflits sociaux.

Probabilité : 8/10

  1. Une automatisation qui s’alimente elle-même. Les débats actuels sur l’intelligence artificielle montrent que son application serait sans limite. Nul doute que la Blockchain, qui est une forme d’intelligence artificielle, fera tâche d’huile et que l’on trouvera toujours de nouvelles applications. Avec des conséquences sur le niveau d’emploi, son intensité et la structure des tâches.

Probabilité : 6/10

  1. Des modes de gouvernance chamboulés. La Blockchain rebat les cartes des responsabilités : les tiers de confiance historiques voient leurs pouvoirs s’éroder, voire s’évaporer, tandis que d’autres parties prenantes assoient leur contrôle sur des transactions souvent stratégiques. Pour les entreprises, c’est aussi le mode de gouvernance qui est à revoir. Quand on ne sait plus qui gouverne, on se doute que les principes classiques sont malmenés…

Probabilité : 4/10

  1. Des techniques évaluation des collaborateurs à redéfinir. La transparence et la collaboration ne cadrent guère avec des modes d’évaluation des collaborateurs fondés pour la plupart sur des critères du siècle dernier. Par exemple, la start-up Backfeed, éditrice d’une plateforme collaborative basés sur la Blockchain explique ce changement : « Avec une organisation du travail en réseau sans chef, chaque collaborateur peut créer et rejoindre des projets dans le système, et soumettre des contributions. Le travail de chacun est évalué par ses pairs : le score de “réputation” accroît le pouvoir de notation sur les autres. Le dispositif peut aussi gérer la rémunération sur ces bases. » Autant dire une révolution…

 Probabilité : 6/10