IA : les DSI et les DRH doivent collaborer

Alors que l’intelligence artificielle transforme profondément les méthodes de travail, la capacité d’une entreprise à préparer ses collaborateurs aux évolutions de leurs métiers devient un enjeu stratégique majeur. Les organisations les mieux préparées ne considèrent plus cette responsabilité comme relevant uniquement des ressources humaines.

La nouvelle étude publiée par Cornerstone On Demand, intitulée « The Board’s New Mandate to CIOs and CHROs », a été réalisée en partenariat avec Vanson Bourne auprès de 2 000 dirigeants IT, responsables RH et salariés aux États-Unis, en Europe (dont la France) et en Australie.

L’étude révèle que les entreprises qui placent la préparation de leurs effectifs au cœur d’une démarche commune entre la DRH et la DSI prennent 13% plus rapidement les décisions liées à l’évolution de leurs collaborateurs. Elles sont également 67 % plus susceptibles de se sentir prêtes à décider au rythme imposé par les transformations liées à l’IA.

Pourtant, ce modèle de responsabilité partagée reste encore peu répandu. Seuls 35 % des décideurs RH et IT déclarent prendre conjointement les décisions liées à l’IA, et moins de la moitié (48 %) indiquent travailler avec des objectifs communs.

La transformation des métiers s’accélère, mais les organisations peinent encore à suivre. Au cours des 12 derniers mois, 65 % des dirigeants ont constaté un niveau élevé de transformation au sein de leur organisation, et 69 % s’attendent à ce que ce rythme se poursuive.

Le manque de coordination entre les RH et l’IT a des conséquences concrètes sur l’entreprise :

  • 50 % constatent que les pénuries de compétences restent trop longtemps sans réponse ;
  • 44 % font état de retards dans les décisions concernant les recrutements, les mobilités internes ou les restructurations ;
  • 41 % n’atteignent pas leurs objectifs de productivité.

La nature même des transformations évolue également, ce qui modifie les compétences dont les entreprises ont besoin.  Les dirigeants citent notamment :

  • l’introduction d’outils d’IA ou de nouvelles méthodes de travail reposant sur l’IA (45 %) ;
  • l’adoption de nouveaux outils numériques autres que l’IA (44 %) ;
  • l’apparition de nouvelles compétences nécessaires à l’exercice des métiers (41 %) ;
  • l’augmentation des attentes en matière de productivité (35 %).

Ces évolutions nécessitent d’aller au-delà des approches traditionnelles de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences. Les entreprises qui s’appuient sur l’IA pour planifier leurs effectifs sont nettement mieux armées pour prendre rapidement les bonnes décisions : 63 % déclarent disposer des processus, des données et des outils nécessaires, contre seulement 30 % des autres entreprises.

Pour la majorité des entreprises, les fondations nécessaires à une véritable capacité d’adaptation à l’échelle de l’organisation ne sont pas encore en place. Alors que 94 % des responsables IT et RH considèrent désormais qu’une approche plus agile et partagée de la gestion des effectifs est essentielle, 54 % identifient le manque de coordination entre les RH et l’IT comme l’un des principaux obstacles à l’exploitation efficace des données sur les collaborateurs.

Les principaux freins identifiés sont notamment :

  • l’absence de planification commune entre la stratégie IA et le développement des compétences (40 %) ;
  • la lenteur des processus de montée en compétences et de reconversion (38 %) ;
  • une visibilité insuffisante sur les compétences dont l’entreprise aura besoin à l’avenir (38 %) ;
  • la difficulté à anticiper les futurs métiers et capacités nécessaires (37 %) ;
  • la dispersion des données relatives aux collaborateurs (37 %).

Cette difficulté à anticiper les évolutions se traduit également dans l’expérience vécue par les collaborateurs.

  • 65 % des salariés déclarent que leurs responsabilités quotidiennes ont sensiblement évolué au cours de l’année écoulée et 89 % estiment qu’un soutien accru de leur entreprise les aiderait à mieux faire face aux évolutions de leur métier.
  • Seuls 17 % se sentent totalement préparés à l’évolution de leur poste au cours des 12 à 24 prochains mois.
  • 60 % décrivent l’approche de leur entreprise en matière de développement des compétences comme essentiellement réactive, avec un accompagnement qui intervient pendant ou après les changements.
  • Seuls 22 % déclarent être pleinement d’accord avec l’affirmation selon laquelle ils bénéficient du soutien nécessaire pour poursuivre leur développement professionnel.
  • 58 % apprennent de nouvelles compétences pour répondre aux exigences de leur poste actuel, mais seuls 39 % bénéficient d’un accompagnement de leur organisation dans cette démarche.
  • À l’inverse, lorsque les équipes RH et IT s’appuient sur des données communes et travaillent en étroite collaboration, les dirigeants sont près de trois fois plus nombreux à considérer que leurs collaborateurs sont aujourd’hui mieux préparés aux transformations qu’ils ne l’étaient il y a un an.

En France, les entreprises dans lesquelles les services informatiques et RH collaborent souvent sont moins susceptibles de mettre trois mois ou plus à réagir aux changements liés aux effectifs (35 % contre 46 %) que les entreprises où la collaboration est ponctuelle ou limitée. De même, 68 % des entreprises où les RH et l’informatique travaillent en étroite collaboration se sentent équipées pour prendre des décisions relatives aux effectifs à la vitesse requise, contre 33 % là où la collaboration n’est qu’occasionnelle ou limitée, soit un écart plus important qu’observé à l’échelle mondiale (77 % contre 46 %).

Lorsque les services informatiques et RH travaillent en étroite collaboration, les leaders sont 1,7 fois plus susceptibles de déclarer que leurs collaborateurs sont bien mieux préparés au changement qu’il y a 12 mois (30 % contre 17 %) – à l’échelle mondiale : 29 % contre 11 %