Un nouveau rapport d’Ivalua révèle qu’au cours des douze derniers mois, 75 % des entreprises françaises ont connu la défaillance d’au moins un fournisseur critique, tandis que 50 % estiment qu’une seule défaillance supplémentaire pourrait provoquer une crise majeure de leur chaîne d’approvisionnement, le taux le plus élevé des quatre marchés étudiés.
Le rapport d’Ivalua, intitulé « Building Resilience from the Ground Up: Anchoring Supplier Risk in a Unified System of Record », repose sur une enquête menée auprès de 800 décideurs des fonctions achats et supply chain, répartis entre les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France.
Il montre qu’en France, les entreprises mettent en moyenne 9,5 jours à identifier un fournisseur de remplacement, un délai plus court que la moyenne à quatre pays (10 jours), mais près de 2,2 semaines à l’intégrer pleinement, le délai d’intégration le plus long des quatre marchés étudiés. Durant cette période, 71 % d’entre elles sont exposées à des pénuries ou à d’importantes perturbations opérationnelles. Plus préoccupant encore, 67 % des organisations françaises reconnaissent qu’elles réagissent aux incidents plutôt que de les prévenir, le taux le plus élevé des quatre marchés étudiés.
En France, ce décalage est encore plus marqué. Les entreprises françaises estiment mieux connaître les risques liés à leurs fournisseurs que leurs homologues des autres pays étudiés, qu’il s’agisse de leur conformité réglementaire, de leur santé financière ou des risques au sein de leur chaîne d’approvisionnement.
Pourtant, cette bonne visibilité ne leur permet pas d’agir plus vite : près de six entreprises sur dix (59 %) jugent que leurs processus de contrôle des fournisseurs sont trop lents pour faire face à l’évolution des risques, soit le niveau le plus élevé des quatre marchés analysés.
Pour Jarrod McAdoo, directeur produit chez Ivalua, « la défaillance d’un fournisseur n’est plus une exception : elle fait désormais partie des risques inhérents à l’activité économique. Les organisations les plus touchées ne sont pas forcément celles qui travaillent avec les fournisseurs les moins performants, mais celles qui restent aveugles aux risques jusqu’à ce qu’il soit trop tard.
Dans un contexte marqué par l’inflation, les droits de douane et la hausse des coûts, qui mettent déjà les opérations sous tension, la défaillance d’un seul fournisseur peut suffire à faire basculer une chaîne d’approvisionnement déjà fragilisée dans une véritable crise. »
Des outils mais réflexes encore manuels
Les organisations françaises doivent également composer avec des outils encore hétérogènes, ce qui complique l’identification des risques avant qu’ils ne s’aggravent. L’étude révèle que 47 % des entreprises françaises ne disposent pas d’une vision unique et fiable du risque fournisseur à l’échelle de l’organisation.
Le contraste est net sur le terrain : 23 % des entreprises françaises ont automatisé et centralisé l’essentiel de leur due diligence fournisseur, la meilleure performance des quatre marchés. Cependant, 30 % s’appuient encore presque exclusivement sur des processus manuels (tableurs, e-mails, documents), également le taux le plus élevé des quatre marchés. 63 % des entreprises françaises reconnaissent que leur dépendance aux feuilles de calcul les expose aux erreurs humaines.
Autre point de blocage pour transformer cette visibilité en action : 55 % des décideurs achats et supply chain français jugent leurs données fournisseurs insuffisamment préparées pour une exploitation par l’IA, ce qui est le taux le plus élevé des quatre marchés étudiés.
L’intelligence artificielle joue pourtant un rôle clé pour anticiper les défaillances potentielles. Seules 35 % des entreprises françaises utilisent aujourd’hui l’IA dans leurs processus de due diligence ou de surveillance des risques fournisseurs, en retrait par rapport à la moyenne à quatre pays (39 %) et loin derrière le Royaume-Uni (43 %) et les États-Unis (44 %).
« L’objectif n’est pas de prédire la défaillance d’un fournisseur. Compte tenu de la complexité des chaînes d’approvisionnement mondiales, c’est une illusion. L’enjeu est de développer la capacité à l’anticiper en détectant les signaux faibles suffisamment tôt et en étant prêt à activer, en toute confiance, des plans de continuité adaptés. L’IA peut faire une réelle différence, mais son efficacité dépend entièrement de la qualité des données sur lesquelles elle s’appuie.
Les organisations qui ne disposent pas d’une base de données fournisseurs solide et unifiée auront du mal à tirer une véritable valeur de leurs investissements dans l’IA, quelle que soit la sophistication des outils utilisés. Celles qui réussiront cette transformation seront les mieux préparées à faire face aux prochaines perturbations », poursuit Jarrod McAdoo.
