Satisfaction SAP : les inquiétudes persistent

À l’occasion de sa Convention annuelle, l’USF (Utilisateurs SAP Francophones) a dévoilé les résultats de sa 7ème enquête de satisfaction des utilisateurs SAP, réalisée par l’institut Verian. Parmi les 450 entreprises et administrations adhérentes à l’USF, 154 organisations ont répondu, un chiffre en progression par rapport à 2024.

Si la satisfaction globale à l’égard des solutions SAP demeure élevée, les résultats mettent en lumière un décalage entre l’accélération des transformations engagées et les bénéfices économiques et opérationnels que les entreprises en retirent. Les coûts, la dépendance à l’éditeur, la souveraineté numérique et l’intelligence artificielle cristallisent les interrogations des utilisateurs. « La question de la dépendance est cruciale », a rappelé Gianmaria Perancin.

Des transformations qui s’accélèrent mais une valeur encore difficile à démontrer

Avec 85 % d’opinions positives, contre 87 % en 2024, la satisfaction globale à l’égard des produits et services SAP reste très élevée. Les utilisateurs reconnaissent notamment la richesse fonctionnelle des solutions (73 % d’avis positifs) et leur capacité à soutenir les processus métiers (68 %). Les résultats sont plus contrastés concernant les bénéfices économiques et opérationnels car seuls 26 % des répondants se déclarent satisfaits des économies réalisées et 21 % sur la rapidité de mise en place d’un projet SAP.

SAP est très clairement perçu comme un éditeur innovant à 69 % et S/4HANA est maintenant considérée comme adaptée au marché pour 65 % des répondants. La transition vers SAP S/4HANA progresse nettement : 31 % des organisations interrogées ont achevé leur migration, contre 14 % en 2024 et 7 % en 2022. Si près de quatre organisations sur dix n’ont pas encore engagé leur migration, ce qui représente un sujet d’inquiétude pour leur capacité à migrer avant 2030, 75 % prévoient néanmoins d’utiliser S/4HANA dans les cinq prochaines années.

Cette dynamique reste principalement motivée par des considérations techniques telles que l’obligation de suivre la stratégie de SAP (67 %) et l’obsolescence des systèmes SAP existants (44 %), davantage que par les bénéfices métiers attendus (20 %). Les coûts constituent le premier frein (74 %), devant la difficulté à démontrer les bénéfices des projets (59 %). Par ailleurs, 45 % des répondants jugent les échéances de maintenance d’ECC inadaptées à leur calendrier de transformation.

La même tendance se retrouve dans pour l’ERP Cloud. Parmi les répondants connaissant les offres SAP ERP Cloud, 36 % déclarent avoir signé un contrat, contre 13 % en 2024 et 16% annoncent avoir terminé leur déploiement. Là encore, suivre la stratégie de SAP constitue la principale motivation (61 %), loin devant les perspectives de réduction des coûts (11 %) et les bénéfices métiers (6 %), tous les deux en régression significative par rapport à l’enquête 2024. L’accélération de l’accès à l’innovation recueille un score d’opinions favorables de 36%, stable par rapport à 2024. « Nous avons encore un bout de chemin à faire sur la transformation, mais l’ADN de SAP nous place dans une position favorable, et nous avons la chance d’être une entreprise européenne », reconnaît Olivier Nollent, PDG de SAP France.

Cloud et souveraineté numérique : la maîtrise des choix technologiques au cœur des préoccupations

Cette progression vers l’ERP Cloud s’accompagne de fortes interrogations sur les conditions économiques et contractuelles de son adoption. Les principales préoccupations concernent l’incertitude sur les coûts futurs (54 %), le coût des projets (47 %) et la perte d’autonomie vis-à-vis de SAP (42 %). Seuls 32 % des répondants estiment disposer d’une visibilité claire sur le coût total de possession à cinq ans et uniquement 6 % jugent suffisantes les garanties de réversibilité offertes par SAP en cas de sortie d’un contrat ERP Cloud.

La souveraineté numérique, au cœur de la Convention USF 2026 qui avait pour thème cette année « La souveraineté européenne : un défi pour garantir la confiance dans nos applications », prend également une place importante dans les préoccupations des utilisateurs. Près de deux répondants sur trois (63 %) se déclarent concernés par les enjeux du Cloud de confiance : 31 % en raison d’obligations légales liées à leur secteur d’activité et, fait nouveau, 32 % du fait de préoccupations croissantes liées à l’actualité géopolitique. Le président de l’USF rappelle que cloud souverain et cloud de confiance ne sont pas équivalents : « Dans le cloud de confiance, les infrastructures matérielles sont fournies par des tiers. » il y a donc toujours un risque vis-à-vis des lois extraterritoriales.

Cette attention portée à la souveraineté se retrouve dans les choix d’hébergement envisagés. Parmi les répondants connaissant les offres SAP ERP Cloud, 28 % privilégient une alternative aux hyperscalers américains pour l’hébergement de leurs solutions SAP.

Intelligence artificielle et relation avec SAP : des attentes encore fortes

Malgré la place croissante de l’intelligence artificielle dans la stratégie de SAP et l’intérêt porté par les répondants à cette stratégie, les usages restent encore émergents chez les utilisateurs francophones. Seuls 9 % des répondants déclarent avoir déployé des cas d’usage d’IA dans leur environnement SAP.

Le positionnement de SAP sur le marché de l’intelligence artificielle est perçu comme celui d’un intégrateur de LLM existants : cette stratégie est plébiscitée par 33 % des répondants. En conséquence, 42 % des répondants considèrent l’éditeur comme un acteur de niche ou un challenger sur ce marché, tandis que près de la moitié (47 %) ne se savent pas se prononcer pas sur ce sujet assez nouveau.

Les utilisateurs reconnaissent néanmoins certains atouts à l’IA intégrée de SAP, notamment sa capacité à exploiter les données structurées de l’ERP (47 %) et à faciliter l’automatisation des processus métiers (39 %) ainsi que sa meilleure ergonomie (38 %). En revanche, seuls 4 % estiment ces solutions économiquement plus intéressantes que des solutions d’IA externes à SAP et le modèle de licensing peine également à convaincre avec 12 % d’opinions favorables.

Plus largement, la relation avec l’éditeur présente des évolutions contrastées. La perception de l’écoute de SAP progresse, avec 55 % d’avis positifs contre 47 % en 2024, tout comme celle de sa réactivité (45 % contre 39 %). Pourtant, seuls 16 % des répondants considèrent leur relation avec SAP comme un véritable partenariat fondé sur la confiance. Dans le même temps, 49 % estiment que cette relation repose avant tout sur la recherche de gains financiers par l’éditeur, contre 39 % deux ans auparavant ce qui doit inviter l’éditeur à se questionner sur ce point.

Pour Gianmaria Perancin, président de l’USF, « cette nouvelle édition de notre enquête de satisfaction sur les produits et services SAP confirme que les entreprises reconnaissent la qualité des solutions et des services de l’éditeur et poursuivent leur transformation. En même temps, elle montre que leurs attentes évoluent. Au-delà des migrations vers S/4HANA et de l’adoption du Cloud, les entreprises s’interrogent sur la valeur réelle de leurs investissements, leur capacité à maîtriser leurs coûts et leur liberté de choix dans le temps. Ces préoccupations prennent une importance particulière avec l’essor de l’intelligence artificielle et les enjeux de souveraineté numérique. Les utilisateurs veulent pouvoir innover, tout en gardant la maîtrise de leurs données et de leurs systèmes d’information. »

La Convention 2026 a réuni près de 1 900 visiteurs uniques, ainsi que 112 exposants. « C’est la deuxième édition la plus fréquentée, derrière celle de Lyon en 2025 », a rappelé Erwan Le Moigne, Vice-président de l’USF en charge des événements. La prochaine Convention de l’USF se déroulera à Lille, les 6 et 7 octobre 2027.